Avis: Le Nexus du Docteur Erdmann de Nancy Kress

nexus
Henry Erdmann est un physicien de haut vol, l’un des pères de l’Opération Ivy et de la puissance nucléaire américaine. Était, plutôt, car aujourd’hui, vieux et perclus, Henry Erdmann n’est que le triste reflet de celui qu’il fut, quand bien même il continue de donner quelques cours à l’université pour des étudiants qu’il ne comprend plus depuis bien longtemps… Aussi, lorsque cette douleur impensable lui vrille le cerveau, c’est presque avec soulagement qu’il accueille ce qu’il croit être une attaque cérébrale. Sauf qu’il ne s’agit pas de cela… De nombreux pensionnaires de la maison de retraite dans laquelle il réside semblent avoir subi le même sort. Et tous, bientôt, commencent à voir des choses… Des choses impossibles…

Titre : Le Nexus du Docteur Erdmann
Auteur : Nancy Kress
Couverture : Aurélien Police
Editeur : Le Bélial’
Lien: Nancy Kress
Pages: 160 p.
Format: Poche
Dépôt légal : janvier 2016
ISBN : 978-2-84344-140-0
Prix: 9.90€
Comme souvent dans la collection d’Heures-Lumières le livre tourne autour de thèmes sociaux. Ici Nancy Kress , que je n’ai encore jamais lu (j’ai une seconde novella à lire dans ma bibliothèque (l’une rêve, l’autre pas), traite des thèmes de la vieillesse, des maisons de retraites, de la solitude, de l’exclusion de la société des personnes âges ou encore des relations/interactions/sentiments qu’ils ont entre eux. Elle alterne entre accusation de la société avec leurs personnes âgées au sens large (abandon, exclusion …) et moments attendrissant ou drôle des protagonistes (humanisant ces derniers). Également sur le fond, le Nexus du docteur Erdmann, traite de l’augmentation de la population âgée et de ce qui fait le propre de l’humain : l’individualité, l’hétérogénéité… (L’humanité n’est pas un tout mais, la somme des individualités qui la composent). Elle traite le sujet avec subtilité en axant le récit sur le personnage d’Erdmann, qui selo, moi, représente ce que les deux versants qui constitue la pensée générale de la société sur les personnes âgées : dans ses réflexions, Erdmann est quelqu’un d’assez acariâtre et fermé d’esprit (professeur d’université en physique, il ne jure que par la science et se ferme à tout autre forme de pensée) mais dans ses agissements, Erdmann est quelqu’un de sage et préoccupé par la situation des gens (son infirmière, ses étudiants …). C’est donc un témoignage sur la vieillesse dans un sens formel (relations, place dans la société …) autant que dans un sens large (le devenir de l’Humain dans une société sans cesse vieillissante).

Nancy Kress ne développe pas ici l’univers science-fictionnel, mais privilégie, à mon sens le fantastique. En gros le Nexus d’Erdmann est plus une œuvre de réalisme magique qui est finalement expliquée par une notion de science fiction. Ce qui est assez bien réussi. En effet, les protagonistes faisant tous partie de la même maison de retraite sont tour à tour touchés par une « maladie » (même si on voit bien que le problème est d’ordre mondial, le sujet du livre reste cantonné à la maison de retraite). Celle-ci se traduit comme une sorte d’AVC ou de syncope, ou chacun lors de la perte de connaissance ont la sensation de sortir de leurs corps de ne pas être soi-même. Erdmann, le premier touché, scientifique corps et âme, ne vit que pour la science (ça plus grande peur, plus que la mort elle-même, est d’avoir un problème au cerveau ce qui impliquerait qu’il ne puisse plus travailler/réfléchir) cherche donc à comprendre ce problème, dans un premier temps de peur d’avoir problème cérébral, puis enfin par curiosité scientifique.

L’un des points forts de la novella, c’est les personnages : ils sont attachants sans être neuneu/tout mignon : tous ont des qualités comme des défauts (déjà expliqué à travers le cas d’Erdmann). Et de cela découle qu’on apprécie d’autant plus les personnages. Leurs interactions jouent également sur la qualité du livre. Les relations entre le pragmatique Erdmann et la candide Carrie, ou entre Bob Donovan et d’Anna Chernov. Ces deux points forts tissent les lignes fortes du récit et font que les thèmes sont traités avec brio, subtilité et reste très nuancé. Pour moi, l’autre point fort (et tout le monde ne sera pas d’accord avec moi), c’est la conclusion SF. Même si le côté SF n’est qu’un prétexte à l’histoire, la conclusion en reste presque poétique, triste pour certain, nostalgique pour d’autre ou encore beau pour quelques-uns. Enfin, c’est le côté réalisme magique. Ce livre n’est pas le meilleur livre de réalisme magique (comme par exemple Murakami) mais c’est toujours un plaisir d’en lire. À mis chemin entre fantastique et surnaturelle, le fantastique assumé sans l’être vraiment, permet un certain vertige, comme si l’on avançait sur une ficelle entre réalisme et surnaturelle, fort agréable à mon goût.

Mon avis

Le Nexus du docteur Erdmann, nous propose une fresque de la société qui n’est pas toujours traité : celle des personnes âgées en maison de retraite. Sans verser dans le cliché, le récit et nuancé ainsi que le format court colle tout à fait à l’histoire. Le fait qu’il soit traité sous forme de réalisme magique, n’en renforce que plus la qualité du texte, avec sa jolie conclusion SF. Les personnages sont bien traités à la fois attachant et énervant consolide la qualité du texte. Dans les points négatifs, j’avancerais que ceux qui achètent ce livre, comme un livre de SF, seront un peu déçu, car cet univers reste peu développé et même si la conclusion est bonne, l’amateur de SF risque de s’ennuyer un peu. Quand bien même, cette novella vaut le coup d’être lu.

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