Avis : Le Veilleur du Jour de Jacques Abeille

le-veilleur-du-jour_IgltRfz Venu du pays des Hautes Brandes, tout près des Jardins Statuaires, il arrive un jour dans la ville de Terrèbre, port principal et capitale de l’Empire qui règne sur le monde des Contrées. Il cherche à s’embarquer vers les îles, mais en vain.
C’est alors que le patron de l’auberge où il loge le met en contact avec une mystérieuse association d’archéologues à la recherche d’un gardien pour leur entrepôt, un ancien bâtiment qui jouxte un cimetière laissé à l’abandon. Convaincu que ce lieu est le centre d’activités clandestines, mais irrésistiblement attiré par son étrangeté, il accepte le poste. Il va alors découvrir que l’édifice est en fait le temple d’une civilisation disparue.

Titre : Le Veilleur du Jour
Auteur : Jacques Abeille
Couverture : Néant
Editeur : Tripode
Lien: Le Veilleur du Jour
Pages: 560 p.
Format: Grand Format
Dépôt légal : mars 2015
ISBN : 978-2-37055-046-0
Prix: 24€
Veilleur du jour
Je préfère amplement ce genre de représentation d’un roman pour se donner une idée sur celui-ci. Elle permet une notation (non chiffré, selon moi l’art ne se note pas) plus subtile et moins grossière qu’une note générale. Le graphique radar, sans donner de chiffre, permet de voir les forces et les faiblesses d’un roman. Elle permet également à un lecteur de mieux choisir ses livres. Exemple: un roman peut être faible au niveau des personnages mais fort au niveau de l’histoire, de l’univers et l’intrigue. Pour un lecteur où l’histoire prime sur les personnages, se livre pourra se révéler être bon, alors qu’à l’inverse ce livre sera moyen pour un lecteur qui attend de la profondeur des personnages. La notation en bas, représente la sensation globale, affective que j’ai eu avec ce livre.
Rêve. Ce livre nous fait naviguer dans les eaux troubles et dans les courants brumeux d’un grand fleuve onirique. Dans ma vie de lecteur, j’ai connu trois grandes claques littéraires. Mon premier a été Brussolo, le second a été K. Dick. Maintenant c’est Jacques Abeille. J’ai commencé son Cycle des Contrées avec les Jardin Statuaire, et j’ai continué aujourd’hui avec Le Veilleur du Jour. Tout comme le premier roman, c’est un gros coup de cœur.

Qu’est-ce que le Cycle des Contrées ? Du peu que j’ai lu, c’est un monde particulier que j’aurai du mal à définir clairement, car tout comme je l’ai dit les contours sont floue, les personnages mouvants les civilisations simples d’apparences, complexe dans la profondeur. Cette remarque est valable, est même caractéristiques des œuvres des Cycles des Contrées : le livre part d’un postulat de base et au fur et à mesure, autour d’un héros solitaire l’histoire et l’Histoire, se complexifie, s’épaissie. De fait, si je tente de ressortir des deux premiers livres du Cycle, des caractéristiques émergent toutefois. Je pourrais avancer que le personnage principal est un héros simple, cultivé. Il ne va pas chercher l’aventure de lui-même, elle arrive naturellement à lui, par le biais des personnages secondaires qui sont attirés insensiblement vers lui. Le chemin du héros est pavé de rencontres et de situations qu’il appréhende tout entier et en se laissant bercer par les remous de son épopée. Le héros arrive alors au contact d’une civilisation, d’un peuple qui lui est encore inconnu. Cette civilisation se présente toujours à la manière d’un tableau : elle possède une ligne directrice, des zones d’ombres et de lumières.

Indubitablement, les jardins statuaires ou Térrèbre, fascine et le héros et le lecteur. Cependant, dans le premier temps, où le héros est fasciné par cette civilisation, à l’image de peinture ce peuple reste une description est en deux dimensions. Nous n’avons qu’une vision figée de cette population et seulement une belle image, une image fascinante. Dans un second temps, pour terminer mon analogie avec la peinture, le lecteur rentre à l’intérieur de cette peinture, rentre dans un univers en trois dimensions et peut dès lors voir les failles dans cette civilisation. En effet, cette douce utopie se fracture pour révéler ses failles, sans pour autant balayer la beauté de la société : elle met au jour ces beaux et ses mauvais côtés.

Le Cycle des Contrées est donc un cycle de livres-mondes où le lecteur se délecte de découvrir la société, s’en horrifie parfois, mais prend certainement plaisir à la découvrir. C’est donc l’un des points forts du livre : le pouvoir de Jacques Abeille de déplier son univers à l’image d’un origami, complexe, subtil et pour arriver à une petite œuvre d’art. Le deuxième point fort du livre c’est les personnages. Dans le Veilleur du Jour, le lecteur à l’impression de voyager dans un rêve tout en étant amnésique : d’une part il est difficile de situer le livre dans une temporalité par rapport à nous. Même si l’univers est complètement fictif, impossible de savoir si l’on est plus dans un contexte médiéval, moderne ou contemporain. Pour ma part, j’ai opté pour une sorte de XIXe siècle. Ce sentiment est renforcé par le fait que l’on ne connait pas le nom des personnages de prime abord, mais que plus tard comme une sorte de réminiscence le nom du personnage tombe au creux d’une page. Les personnages sont nommés par leurs fonctions, « la servante », « l’étudiante » etc. Pour tout vous dire le nom du personnage principal ne tombe qu’au bout de 140 pages. Lire ce livre, c’est revivre pendant 500 pages la sensation de transition entre le rêve de la nuit et le réveil du matin, lorsque que l’on ne fait partie d’aucun de ces deux mondes.

Le dernier point fort, le point capital, c’est la prose de Jacques Abeille. Je l’ai trouvé absolument magnifique. Il est possible de prendre plaisir à seulement le lire sans vraiment prendre en compte l’histoire, à l’image du plaisir d’écouter un fabuleux conteur sans même écouter ce qu’il dit. Il déroule phrases après phrases, une envolé d’images, de figures de styles, le tout sans être l’espace d’un instant pompeux ou compliqué à lire. Le plus compliqué vient surement du fait qu’il expose un trésor de vocabulaire qui peut être compliqué pour certain, mais il ne faut pas s’inquiéter, car il est abordable pour tout le monde, plus ou moins aisément. Les dialogues donnent une impression de joutes verbales des plus agréables. Cependant, certaines longueurs apparaissent dans le livre (mais rien de grave). Cela peut être dû à la prose de Jacques Abeille, mais c’est selon la sensibilité de chacun.

Mon avis

Ce livre peut paraitre au premier abord entre du réalisme et du fantastique mais personnellement je la catégoriserais comme un livre onirique. Il n’a quasiment que des bons points à part, peut être quelques longueurs. L’art que déroule Jacques Abeille, au détour de chacune de ses phrases, transforme ce livre en un petit trésor. L’histoire qui partait simple au début, se complexifie. Les personnages sont attachants par leur humanité, leurs forces et leurs faiblesses. Pour conclure je conseille vraiment ce livre, car c’est une expérience inédite (en tout cas en ce qui me concerne). Jacques Abeille mérite d’être encore plus lu et apprécié, car je pense sincèrement que c’est un classique de la littérature française.

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